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La main, le poignet et le bras

Dimanche 6 mai 2007

J’ai fais une nuit un rêve plutôt absurde. J’étais dans une librairie remplie de monde, où une vieille dame lisait devant un public une histoire de samouraï. Je te raconte ici ce récit.

A la fin du dix-neuvième siècle, au Japon, existait un petit village côtier du nom de Matsuo, où vivait Yoshimoto Yoshimasa, le plus redoutable épéiste de sa génération. Comme il n’avait pas d’adversaire à sa hauteur qu’il aurait pu défier, il décida que la plus sûre évolution qu’il puisse suivre était de se vaincre lui-même, en dépassant sa connaissance de l’art exquis du sabre et de la guerre.

On disait au village qu’il existait, plus haut sur la colline, un vénérable maître qui en échange d’un repas composé de thé vert, de riz et de poisson cru, acceptait d’enseigner sa propre expérience des arts martiaux à qui se présentait au coucher du soleil et qui n’était ni une femme, ni un enfant.

Après avoir acheté du thé parfumé, du riz gluant et du thon rouge au bas du village, Yoshimoto endossa son sabre et commença à escalader la colline sous un ciel rouge et jaune. Lorsqu’il parvint au sommet, un grand arbre que Yoshimoto ne distinguait pas convenablement à cause du contre-jour se dévoila devant lui comme un grand ogre affamé . En s’avançant suffisamment près de l’arbre pour le voir à moitié, il remarqua qu’une toute petite maison de bambou abîmée était coincée dans la cime, comme si elle était tombée du ciel et avait été arrêtée par les branches épaisses.

Yoshimoto, la main ouverte contre sa joue, cria vers la petite cabane : “Maître ! je suis un élève venant demander votre enseignement. Et comme on le dit, je vous ai apporté des présents pour vous convaincre de me le donner”. Mais plutôt que de voir descendre de l’arbre son sensei, c’est un géant qui apparut derrière le tronc. -”Que m’as-tu apporté ?” - “du poisson, du riz et du thé vert, ils sont à vous, maître, si vous acceptez de m’enseigner plus que ce que je sais du sabre”. -” Bien”.

Le géant s’accroupit, déplia le sac du jeune élève et dévora le riz et le poisson. Puis il se servi de thé et le dégusta par petites gorgées. Lorsqu’il eut fini son repas, il se leva, s’approcha de Yoshimoto et sans qu’on ne vit le sabre sortir de son fourreau, le géant lui trancha la main. Puis, il lui trancha le poignet. Puis il lui trancha le bras.

Yoshimoto, qui maintenant arrosait de son sang le parterre de feuilles, interrogea le professeur :
- Maître ! maître ! pourquoi ?
- J’ai d’abord ôté ta main pour ton ambition arrogante, puis ton poignet pour m’avoir demandé quelque chose et enfin ton bras car tu es laid.

Yoshimoto Yoshimasa reprit la route qui descendait pour être soigné et serait mort en bas de la colline.